OMT - France

Congrès IFOMPT Québec 2012: résumé de la conférence de Peter O'Sullivan sur la lombalgie chronique.



Est-il temps de changer la manière de prendre en charge la lombalgie?


http://www.ifomptconference.org
http://www.ifomptconference.org
Peter O'Sullivan est professeur en physiothérapie musculo-squelettique à l'université de Curtin (Australie).
Il a une renommée internationale en tant que chercheur, clinicien et formateur. Il est notamment orienté vers la gestion des problèmes douloureux chroniques.
Il a publié plus de 100 études et a fait de nombreuses conférences à travers le monde.

Il est intervenu, à Québec, lors du dernier jour du congrès, sur le thème:
Est-il temps de changer la manière de prendre en charge la lombalgie?
Cette intervention fait écho à un article écrit en 2010 dont vous pouvez trouver un extrait en cliquant ici
Son approche révolutionne la manière d'appréhender la lombalgie.

P.O'Sullivan a commencé sa conférence en exposant le cas d'un jeune patient de 25 ans présentant une lombalgie chronique qui avait des conséquences importantes sur son mode de vie et sa manière de bouger. Il avait vu de nombreux spécialistes, fait des IRM montrant des dommages sur les 2 derniers disques et envisageait la chirurgie.
La lombalgie chronique a en effet des impacts sur la vie personnelle, sociale et économique.
L'approche biomédicale (exercices de stabilisation, IRM, infiltrations, chirurgie...) qui s'est développée ces 15 dernières années a montré un échec, voir même un certain effet délétère.

Il faut en fait prendre en compte la nature multi-dimensionnelle des lombalgies chroniques ou persistantes (P.O'Sullivan parle de "Persistent Back Pain"). Toutes ces composantes co-existent et contribuent plus ou moins au problème.

Facteurs patho-anatomiques
Dans la plupart des lombalgies, un diagnostic patho-anatomique précis ne peut pas être fait.
La présence d'éléments anormaux à l'imagerie n'est pas associée à la douleur.
Faire un IRM précoce pour des problèmes de dos mineurs aboutit à un mauvais pronostic (risque de chirurgie, congès maladie..) et la mauvaise communication des praticiens peut avoir aussi cette influence.

Facteurs physiques
Les patients présentant des lombalgies persistantes, démontrent une incapacité à relâcher les muscles du dos et une co-contraction excessive des muscles du tronc.
Ils adoptent également des comportements inadaptés pour leurs mouvements, pouvant être associés à des changements dans le système nerveux central.
Le niveau d'activité des muscles du dos est corrélé à l'intensité de la douleur, le niveau d'incapacité, et à des facteurs psycho-sociaux.

Facteurs liés au style de vie
Le tabagisme, la sédentarité, l'inactivité, l'obésité, le stress sont des facteurs de risques de lombalgie.

Facteurs cognitifs et psycho-sociaux
Des croyances négatives, la peur du mouvement et de l'activité sont plus prédictifs d'incapacité que le niveau de douleur. Un langage inapproprié du thérapeute peut aussi influencer cela.
Les facteurs émotionnels que sont la peur, le stress, l'anxiété, la dépression, le catastrophisme tendent à renforcer les comportements inappropriés et donc la douleur et l'incapacité, mais aussi à dérégler le fonctionnement neuro-endocrinien des voies de la douleur.

Facteurs sociaux
Le travail, le stress familial, un travail insatisfaisant, un niveau socio-économique bas, les facteurs culturels ont une influence sur les croyances vis à vis de la douleur et l'implication du patient.

Facteurs neuro-physiologiques
La lombalgie chronique est associée à des changements au niveau du cerveau (changement dans le cortex sensori-moteur, perte de matière grise, manque d'inhibition de la douleur...) qui contribuent à des changements sensoriels diffus et une altération motrice du mouvement.

Les considérations individuelles et les facteurs génétiques sont aussi des contributeurs au problème.

Sur ces faits, Peter O'Sullivan a développé un système de classification multi-dimensionnelle qui prend en compte chaque composante du problème et qui s'intègre au processus de raisonnement clinique.

Il a ensuite développé ce qu'il appelle la "Thérapie Fonctionnelle Cognitive" (CFT).
Cela s'appuie sur le fait qu'il existe des preuves montrant qu'il est plus efficace de cibler les croyances et les comportements contribuant à la douleur que de traiter simplement le symptôme douloureux.
Cette approche est centré sur le patient est cible directement les éléments du système de classification.
Un essai contrôlé randomisé semble avoir démontré une supériorité de la CFT comparée à de la thérapie manuelle et des exercices de stabilisation. D'autres essais sont en cours.
P.O'Sullivan a ensuite terminé son intervention en narrant le traitement et le devenir du patient décrit en début de conférence...

Pour en savoir plus sur la CFT, retrouvez le résumé original sur le site du JOSPT en cliquant ici

Retrouvez un autre résumé de cette conférence par Physiopedia en cliquant ici

Cette approche révolutionnaire peut sembler s'éloigner du champ d'action de la kinésithérapie/physiothérapie. Mais Peter O'Sullivan pense que les physiothérapeutes sont les mieux placés pour s'approprier ce champ d'action. En effet, ces derniers de par leur expertise du mouvement, leur connaissances des mécanismes de la douleur peuvent entremeler un traitement à base d'exercices thérapeutiques et de CBT.
Vous pouvez retrouver cela sur une vidéo d'interview de P.O'Sullivan en cliquant ici




Trouver un kiné formé en TMO près de chez vous

Suivez-nous