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Accès direct des patients aux soins de kinésithérapie/physiothérapie: qu'en-est il en Union Européenne?




© matamu - Fotolia.com
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Dans sa lettre d'actualité du mois d'avril 2013, la World Confederation of Physical Therapists (WCPT) met en ligne quelques articles de recherche à propos de l'état de l'accès direct à la physiothérapie dans le monde et en Europe.

Une étude concerne l'état de l'accès direct à la physiothérapie en Europe parue dans Physiotherapy. Voici quelques grandes lignes.

Qu'est ce que l'accès direct?

L'accès direct (ou pratique en première intention) fait référence aux circonstances où la physiothérapie est disponible pour les usagers sans la nécessité d'une prescription d'un tiers.

L'accès direct est soutenu par la profession à travers le monde et s'est développé grâce à de nombreux facteurs tels que la nécessité de faire des économies ou la nécessité de réduire les listes d'attente chez le médecin lorsque le problème du patient semble du domaine de compétence du physiothérapeute.

Des freins à l'accès direct?

Les auteurs notent cependant 2 préoccupations qui se sont dressées et se dressent sur le chemin vers l'accès direct.
Une première est que cela serait risqué en l'absence de prescription médicale. La seconde est que l'accès direct à la physiothérapie augmenterait le nombre de traitements et donc les coûts.

Des preuves existent sur le bénéfice de l'accès direct

2 études (néerlandaise et écossaise) semblent en effet tordre le cou à ces idées reçues. Elles concluent:
Il n'y a pas de différence dans le nombre de consultations entre les patients en accès direct et les patients référés par un médecin.
Une prise en charge en accès direct est moins couteuse qu'une prise en charge après prescription médicale.
L'accès direct à la physiothérapie est quelque chose de non-risqué pour les usagers.
Environ 22 à 26% des patients utilisent l'accès direct dans ces pays, et ce pourcentage de patients termine leur traitement et atteint leurs buts plus facilement.
Les patients cervicalgiques et lombalgiques utilisant l'accès direct ont tendance à consulter plus précocement.

But de l'étude

Pour leur étude, les auteurs ont questionné les associations représentatives des 27 pays membres de l'Union Européenne pour faire un état des lieux sur le sujet:
-établir combien de pays ont un accès direct en physiothérapie possible
-décrire le contexte législatif et de remboursement dans le pays
-comparer la pratique des pays avec l'accès direct de ceux sans cette possibilité
-décrire les barrières et les facteurs facilitants pour l'accès direct.

Résultats

Seuls 23 pays ont répondu à cette enquête (85%).

Le secteur privé tend à utiliser d'avantage l'accès direct que le secteur public.
10 pays ne remboursent pas les soins en accès direct, 3 les remboursent en partie, et 6 les remboursent en fonction de la police d'assurance.
Dans 70% des pays, les physiothérapeutes sont qualifiés pour recevoir les gens en première intention dès la fin de leurs études. Quand ce n'est pas le cas, certains pays le permettent après l'obtention d'un master, ou après une période de pratique supervisée ou de formation continue.

70% des pays membres sont favorables à l'accès direct contre 13% qui reportent un soutien limité et 13% autres qui ne sont pas sûrs de la volonté de leurs membres.

Quels sont les barrières et les facteurs facilitants la mise en place de l'accès direct?

Les barrières à l'obtention de l'accès direct:
-la vision de la communauté médicale.
-le système de remboursement
-les considerations économiques
-le manque d'autonomie professionnelle
-le manque de soutien politique

Les facteurs facilitants:
-le soutien politique pour l'accès direct
-le soutien des patients
-l'autonomie professionnelle des physiothérapeutes
-l'organisation dirigeante de la profession
-les listes d'attente chez les autres praticiens en première intention.


Les barrières et les facteurs facilitants sont paradoxalement proches.
Les politiques, les preneurs de décisions et la domination de la communauté médicale peuvent donc être un frein ou au contraire un accélérateur pour l'accès direct à la physiothérapie.

Conclusion

Pour les auteurs de cette étude, l'accès direct à la physiothérapie (possible chez 52% des membres) peut se faire en toute sécurité dans un environnement réglementé et dans l'intérêt à la fois des patients et de la profession. Dans le cadre de l'Union Européenne, le but est d'uniformiser les pratiques et les programmes d'enseignement et faciliter le mouvement des professionnels et des étudiants entre les états.


lien vers la note de la WCPT

Référence
Bury TJ, Stokes EK. Direct access and patient/client self-referral to physiotherapy: a review of contemporary practice within the European Union. Physiotherapy (2013), http://dx.doi.org/10.1016/j.physio.2012.12.011

Quid de la France?

En s'appuyant sur cette étude, nous pouvons établir plusieurs points clés pour cette mise en place dans notre pays:

-augmenter notre niveau d'étude et nos compétences (c'est ce qui doit être fait grâce à la réforme des études).

-se former et particulièrement sur la notion de triage (des formations continues existent déjà et d'autres peuvent se mettre en place et se standardiser).

-il ne s'agit pas de prendre la place des médecins et faire du diagnostic, mais d'être capable d'identifier si la prise en charge d'un patient n'est pas de notre ressort mais nécessite un renvoi vers le médecin pour un diagnostic.

-expliquer et communiquer avec les médecins sur ce que nous faisons et ce que nous sommes capables de faire pour avoir leur soutien et non leur désapprobation due à un manque de communication de notre profession.

-chercher à obtenir le soutien des décisionnaires et de nos représentants. L'accès direct à la physiothérapie permettant un gain en terme de coût et de qualité des soins.



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